Ancienne ministre et actuelle conseillère du président ivoirien sur les questions de genre, Euphrasie Kouassi Yao est devenue une figure de référence pour des milliers de jeunes Africaines qui aspirent à transformer leurs communautés.
À Madrid, où elle se trouve ce mardi pour recevoir le Prix Harambee 2026 pour la promotion et l’égalité des femmes africaines, la responsable ivoirienne dresse le constat d’un changement profond dans son pays.« Autrefois, les femmes n’osaient pas prendre part à la vie publique. Aujourd’hui, elles occupent ces espaces sans remords », affirme-t-elle.Cette distinction, décernée par l’ONG Harambee, vient saluer plus de trente-cinq années d’engagement en faveur de la promotion des femmes africaines, de la paix et du développement communautaire.

Mariée et mère de quatre enfants, Euphrasie Kouassi Yao s’est imposée comme un modèle pour de nombreuses jeunes Africaines, démontrant qu’il est possible de concilier vie familiale et engagement public au plus haut niveau. Dans un entretien accordé à l’agence EFE, elle rappelle qu’en tant que ministre de la Promotion de la Femme, de la Famille et de la Protection de l’Enfant, elle a œuvré à l’intégration de l’approche genre dans la Constitution ivoirienne. Selon elle, ce cadre juridique a permis de développer un ensemble de lois, de programmes et de politiques publiques visant à promouvoir l’égalité entre les femmes et les hommes, à renforcer la visibilité féminine et à favoriser leur présence dans les sphères de décision.Progressivement, la Côte d’Ivoire a ainsi construit un modèle propre, enraciné dans sa culture et ses traditions, qui a favorisé l’augmentation du nombre de femmes élues et offert aux jeunes filles des modèles féminins engagés dans la vie publique.
En 2023, souligne-t-elle, un rapport mondial de l’OCDE a classé la Côte d’Ivoire parmi les pays présentant le plus faible niveau de discrimination envers les femmes en Afrique, devant même les États-Unis et le Canada.
Favoriser la présence des femmes dans les instances de décision

Pour Euphrasie Kouassi Yao, le principal défi consiste à démontrer que les femmes ne manquent ni de compétences ni de leadership, mais qu’il est nécessaire de créer les conditions permettant leur accès aux postes de responsabilité. C’est dans cette perspective qu’a été créé le Compendium des compétences des femmes de Côte d’Ivoire, une plateforme numérique qui recense plus de 19 000 femmes afin de renforcer leur visibilité et de faciliter leur nomination à des fonctions de direction.
Le programme s’adresse à plusieurs profils :des femmes hautement qualifiées susceptibles d’entraîner d’autres femmes dans leur sillage ;des jeunes sans expérience professionnelle auxquelles sont transmises des compétences ; des femmes rurales dotées d’un leadership naturel mais dépourvues d’appui théorique ;ainsi que des membres de la diaspora ivoirienne désireuses de revenir contribuer au développement de leur pays. « Il s’agit d’un programme qui fonctionne de la base vers le sommet : nous identifions des leaders locales, nous les formons et elles deviennent ensuite des agentes de changement dans leurs communautés », explique-t-elle.Cette dynamique a permis de bâtir un réseau de leadership féminin qui s’impose progressivement dans la société ivoirienne. L’initiative a d’ailleurs été reconnue par l’Organisation des Nations unies en 2018 comme le meilleur programme africain en faveur des femmes, et elle a contribué à une progression notable de la représentation féminine dans les institutions publiques : de 115 femmes en position de responsabilité en 2016 à 447 aujourd’hui.
Le défi des mentalités

Malgré ces avancées, l’ancienne ministre estime que le défi majeur demeure la persistance de certaines résistances culturelles. Il s’agit notamment de surmonter les réticences qui freinent encore l’élection de femmes à certains postes, d’assurer l’application effective des lois sur la parité et de poursuivre les efforts de formation, aussi bien auprès des femmes que des hommes.Dans cette perspective, Euphrasie Kouassi Yao plaide pour une approche fondée sur la « masculinité positive », convaincue que le développement du continent doit reposer sur l’engagement de tous. « L’Afrique doit se développer avec ses propres forces, sa culture, ses traditions et sa vision du monde. Mais pour cela, il faut que tout le monde soit impliqué », insiste-t-elle.Se disant profondément attachée à son continent, elle conclut :« Je crois en l’Afrique et en son immense potentiel. Nous disposons de ressources naturelles considérables, mais aussi d’un capital humain exceptionnel. Il faut simplement aider les populations à avoir confiance en elles et à développer leurs capacités. »
Source : www.larazon.es

