Lancement officiel de l’EMASCI : la masculinité au cœur du débat sur l’égalité hommes-femmes en Côte d’Ivoire

Le Centre de développement de l’OCDE – Centre de développement et la Chaire UNESCO « Eau, Femmes et Pouvoir de Décisions » ont procédé, le mardi 30 juin 2026, à Abidjan-Cocody, au lancement officiel du rapport intitulé « Masculinité et égalité femmes-hommes : Perspectives de la Côte d’Ivoire et du Sénégal ». La cérémonie, organisée à l’amphithéâtre A du District de l’Université Félix Houphouët-Boigny, a marqué une étape majeure avec la présentation des premiers résultats nationaux représentatifs de l’Enquête sur les normes de masculinité en Côte d’Ivoire (EMASCI).
Placée sous la présidence de la ministre de la Femme, de la Famille et de l’Enfant, Nassénéba Touré, représentée par son directeur de cabinet Moussa Diarrassouba, la rencontre a réuni près de 700 participants, dont plusieurs personnalités institutionnelles, universitaires et partenaires techniques. L’événement s’inscrit dans une dynamique de renforcement des
politiques publiques fondées sur les données et les évidences scientifiques en matière de genre.
Les bases des enjeux
Dès l’ouverture, plusieurs interventions ont posé les bases des enjeux. Parmi elles, celles de la coordonnatrice de la Chaire UNESCO, Euphrasie Kouassi Yao, et de la représentante du Centre de développement de l’OCDE, Mme Hyeshin Park, ont particulièrement retenu l’attention. Le directeur de cabinet, Moussa Diarrassouba, s’exprimant au nom de la ministre Nassénéba Touré, a également livré le message officiel des autorités ivoiriennes.

Dans son intervention, Hyeshin Park a salué la qualité du partenariat ayant permis la réalisation de l’étude, notamment l’appui du ministère en charge de la Femme, l’accompagnement technique de la Chaire UNESCO, ainsi que l’expertise de l’Agence Nationale de la Statistique de Côte d’Ivoire. Elle a également souligné le rôle du financement de l’Agence autrichienne de développement, qui a rendu possible cette initiative inédite.
Désormais, il devient essentiel d’analyser également les normes qui façonnent les comportements et les attentes sociales envers les hommes et les garçons
Selon elle, l’étude EMASCI marque une avancée majeure dans la compréhension des normes sociales liées à la masculinité. Jusqu’ici, les politiques de genre se concentraient principalement sur les obstacles rencontrés par les femmes. Désormais, il devient essentiel d’analyser également les normes qui façonnent les comportements et les attentes sociales envers les hommes et les garçons. L’objectif n’est pas de prescrire des rôles, mais de mieux comprendre les dynamiques sociales afin de concevoir des politiques publiques plus efficaces et inclusives.

Côte d’Ivoire, premier pays à disposer de données nationales représentatives sur les normes de masculinité
Elle a rappelé que la Côte d’Ivoire devient ainsi le premier pays à disposer de données nationales représentatives sur les normes de masculinité, ainsi que le premier à bénéficier du calcul de l’indice des masculinités développé par l’OCDE. Une avancée qui ouvre la voie à de nouvelles approches dans la formulation des politiques publiques.

De son côté, Euphrasie Kouassi Yao a insisté sur la portée symbolique et stratégique de cette étude. Pour elle, l’EMASCI s’inscrit dans une vision de transformation sociale profonde, qui dépasse les approches traditionnelles du genre. Elle défend une lecture plus relationnelle des inégalités, dans laquelle hommes et femmes sont considérés comme des acteurs conjoints du changement social.
Elle a estimé que les normes sociales restrictives ne pèsent pas uniquement sur les femmes, mais également sur les hommes, souvent enfermés dans des attentes rigides. L’enjeu est donc de promouvoir de nouveaux modèles de masculinité favorables à la justice sociale, à l’équilibre familial et au développement humain.

Pour le directeur de cabinet Moussa Diarrassouba, les résultats de l’étude apportent un éclairage inédit sur les perceptions sociales en Côte d’Ivoire. Il a révélé que de nombreux hommes adhèrent davantage à l’égalité des sexes qu’ils ne l’expriment publiquement, en raison de pressions sociales. L’étude met en évidence un écart pouvant atteindre trente points entre convictions personnelles et normes perçues.
L’indice des normes de masculinité, évalué à 57 sur 100
L’un des principaux enseignements du rapport est l’indice des normes de masculinité, évalué à 57 sur 100. Ce score, selon lui, ne constitue ni un jugement négatif ni une validation totale, mais un point de départ pour mesurer les progrès futurs. Autre donnée marquante : 97 % des personnes interrogées estiment que l’homme doit être le principal pourvoyeur du foyer, une norme qui influence fortement les dynamiques familiales et économiques.

L’indice des normes de masculinité, évalué à 57 sur 100
L’un des principaux enseignements du rapport est l’indice des normes de masculinité, évalué à 57 sur 100. Ce score, selon lui, ne constitue ni un jugement négatif ni une validation totale, mais un point de départ pour mesurer les progrès futurs. Autre donnée marquante : 97 % des personnes interrogées estiment que l’homme doit être le principal pourvoyeur du foyer, une norme qui influence fortement les dynamiques familiales et économiques.
Cependant, le rapport met aussi en lumière une évolution encourageante. Chez les jeunes âgés de 15 à 24 ans, les mentalités évoluent progressivement, traduisant l’émergence d’une nouvelle génération plus ouverte à l’égalité entre les sexes. Cette dynamique est perçue comme un levier essentiel pour transformer durablement les normes sociales.
Au-delà des statistiques, les autorités ivoiriennes considèrent désormais ces données comme un outil stratégique d’aide à la décision. Le ministère de la Femme, de la Famille et de l’Enfant entend intégrer ces résultats dans la conception et l’évaluation des politiques publiques, afin de renforcer l’efficacité des actions en faveur de l’égalité des chances.
En clôture de la cérémonie, un message fort s’est dégagé : la question de la masculinité n’est plus périphérique dans le débat sur le genre. Elle devient un levier central pour comprendre les inégalités, transformer les normes sociales et construire une société plus équilibrée.


